CR TAUFFLARD TEAM 2016 (ouf ! à lire…)

Projet : Lanzac, Les Pistes aux Etoiles !

Publié le 19 septembre 2016 par Taufflards Team     http://lestaufflards.over-blog.com/

Bon, je vous préviens, cette fois-ci, je fais pas dans la dentelle. il vaut mieux prévoir à boire et à manger si vous voulez tenir le coup parce que ce soir, on dîne ensemble. parce que cette sortie là, je peux pas faire autrement que d’en faire des tonnes pour vous la raconter tellement c’était bien, tellement on en a pris plein la gueule, de sensations, de rigolades, de vives émotions, de plaisir et de (relative) souffrance mêlés.

on se met KYUSS en musique de fond (Welcome to Sky Valley), Z’êtes prêts ? le jambon-beurre, la bière, c’est ok ? les gosses sont au lit ? ok ? c’est parti !

Or donc, encore une idée idiote qui nous aura traversé l’esprit, mais, au final, quelle excellente idée, quelle merveilleuse idée !

Voilà quelques temps déjà que l’envie d’aller voir chez nos voisins si les chemins sont plus verts me tripotait le fond du cortex et, voilà-t-y pas que s’amène à nos crampons avides de sensations le fameux Roc Lanzagais qui réussit le tour de force en seulement 3 éditions, à devenir un incontournable de la rando vtt. la preuve, cette année, on a vu rouler sur les terres dordogno-lotoises des participants venus d’outre-Quiévrain. bah ouais, quand même.

Du coup, intéressé comme de juste par un tel événement, je motive OliveR et, non sans mal Dav2, météosceptique de naissance entre autres maladies invalidantes dont je suis moi-même porteur. nous voici engagés tous trois sur ce qui reste, à mon sens, une des plus belles si ce n’est LA plus belle rando à laquelle il m’ait été donné de participer.

Non seulement, les tracés proposés, renouvelés à 100% cette année, sont superbes mais si l’on ajoute à cela la qualité d’organisation – pas une fausse note sur les ravitos, ni sur le fléchage, ni sur rien, cherchez pas, y a pas on vous dit – ou encore la sympathie des bénévoles avec qui le courant passe tout de suite. quoi qu’il se passe, vous aurez toujours un sourire, une boutade, un encouragement et à la moindre interrogation, vous avez quelqu’un qui vous apporte une réponse. certaines organisations devraient venir faire un tour à Lanzac…

Bon, trêve de bavardage, entrons directement dans le vif du cyclone, ou l’oeil du sujet à vous de voir. on se sort vers 7h du mat’ du camping-car 4 étoiles du père OliveR après une nuit relativement calme en bord de Dordogne, à part ces saletés de canards ou de flamands roses, j’ai pas bien vu, il faisait sombre, qui ont gueulé régulièrement cette nuit (ou alors c’est la cloche de l’église qui sonne les heures, mais faudrait voir à réparer, parce que le cri du canard pour rameuter les fidèles, c’est pas gagné. déjà que le signe du poisson pour fédérer c’est pas tip-top). garé si près de la rivière, j’ai un peu peur d’être réveillé par le père OliveR à grand coup de sceaux d’eau, mis à part ça la nuit fût calme et reposante. on n’est pas chez les jésuites.

Un p’tit kawa, une tasse de thé, quelques friandises plus tard, on enfile nos habits de lumière qui attendaient dans l’ombre. Dav, dit « le chevelu », arrive pile poil. il s’inscrit, on boit un café, on ricane bêtement comme des gosses à la colo, la finesse de nos propos en plus. on finit de se préparer, OliveR se remaquille, je récupère mon dentier dans la cuvette des chiottes, Dav se recoiffe et, plouf-plouf, c’est parti.

On commence par quelques hectomètres bitumeux à travers la ville de Souillac, charmante, mais néanmoins endormie, tout comme nous. il fait encore frisquet mais ça va pas durer au vu du programme copieux de la journée. on a décidé de s’inscrire sur le 58 kms tout en se disant que si ça va pas, on pourra toujours bifurquer. ça a son importance vous verrez par la suite si vous réussissez à tenir jusqu’au bout le rythme effréné de ce récit palpitant dont l’aventureux le dispute au littéraire.

Après un temps certain qui me voit chercher mes jambes dans des endroits où je ne les range pour ainsi dire jamais, on attaque la première réjouissance. déjà, petite difficulté, un caillou, une racine, on est en mode trottinette. y a un monde fou ! faut pas exagérer, ça ne dure que quelques mètres. on reprend vite le fil de l’eau et ça grimpouille gentiment. le rythme est tranquille mais il faut quand même appuyer un peu car, par endroits, la pente nous voit venir en rigolant. je profite d’un arrêt intempestif pour me défaire de mon par dessus râpé, mon vieux, c’est qu’il commence à faire chaud ! cette première grimpette (!) n’en finit plus, sauf évidemment lorsqu’on arrive en haut. cqfd. depuis quelques centaines de mètres un gars devant moi sympa au demeurant, n’arrête pas de me répéter : « tu veux passer ? tu veux passer ? » je dis non plusieurs fois, son rythme me con venant (tu vois pas que je suis au taquet !). au bout de la trentième fois, j’ai envie de lui jeter des pierres. heureusement pour lui, j’ai pas suivi les cours de lapidation au cathé, alors je m’abstiens.

cette première difficulté nous met dans le bain et je sais déjà que je vais pas rigoler autant que je voudrais sur le vélo. alors du coup, à la première occasion, on raconte n’importe quoi et on se marre comme des baleines. pour l’instant, la première occasion est encore loin…on roulotte un peu sur des sentiers parfois en monotrace, parfois assez large aussi. quelques mètres de goudron, tantôt roulant, tantôt sur des faux-plats et on attaque une première descente ludique et rapide. on est encore assez nombreux dans cette portion et la descente ne se fait pas aussi vite qu’on le souhaiterait. tant pis, c’est le début, on en a encore plein pour se marrer. allez, hop, on suit le mouvement…tout à l’heure, un participant à la faveur d’une remontée plutôt raidasse m’a doublé dans un bruit électrique de Bosch (mais nom d’une patate, si on les a viré en 45, c’est pas pour se les coltiner à nouveau à chaque rando du dimanche !) et maintenant il se retrouve devant moi dans la descente. il suit les copains en virevoltant (métaphore filée) et j’essaie de comprendre comment faire pour lui coller aux basques sans m’en coller une dans cette superbe descente. faut dire que niveau trajectoire, je pensais moi-même avoir dépasser les bornes de l’entendement, mais là, faut avouer qu’on est tombé sur un précurseur ! c’est de l’inédit d’zidane, ça vaut le détour vu de derrière. on dirait un touk-touk en perdition sur la banquise. ça glisse dans tous les sens. je suppose pendant un instant que c’est voulu, mais me ravise en le voyant faire une cabriole que n’aurait pas renié rémy julienne. faut avouer qu’au final, c’est efficace quand même. faut avouer aussi que je me suis vu plusieurs fois lui rouler dessus. mais ça passe…

allez, on remonte. de mémoire on arrive à la côte située dans le village de la bénéchie. quand je dis « la côte », je m’exprime mal. je crois que, malgré l’étendue certaine du vocable français dont je me targue d’être relativement bien pourvu, à ce stade là, y a plus de mots pour qualifier ce passage. je vais faire simple et convenu, à la bénéchie, on en chie. oui ma bonne dame. aussi vulgaire que cela puisse paraitre, je n’ai pas d’autres mots. de toutes façons, même si mon vocabulaire avait été assez riche, mon souffle stertoreux m’aurait empêché tout commentaire. oui je cherche mon air et certains camarades de galère ne font pas les malins non plus.

on continue à présent notre grimpette apoplexifiante (si, si ça existe. et je fais ce que je veux, c’est moi qui raconte !) le long d’un sentier qui monte tout droit jusqu’au ciel. petit point météo à ce stade de nos pérégrinations: c’est couvert, vent de nord-nord-est, pas de pluie, pas de neige, pas de soleil non plus. tout va bien. un concurrent devant moi semble à l’agonie et d’un coup, sans prévenir, s’arrête au beau milieu du chemin dans le seul pierrier (tu parles, un mètre cinquante de long !) que la nature nous a généreusement placé ici, rien que pour nous faire chier, dirait-on. la manœuvre du bougre, me contraint à poser une semelle dans la mitraille au risque, évité de justesse, de me retrouver dix mètres plus bas dans les genévriers et les ronces qui, me semble-t-il, me recevraient dans leur girons tels les enfants de mère nature avides de planter leurs épines acérées et leurs bois secs et cassants dans le gras de mon fondement, avec un plaisir que seul sauraient leur disputer certains contrôleurs des impôts au soir du versement du premier tiers prévisionnel alors que dans l’ombre un ange passe de peur d’être reconnu et d’avoir à payer sa tournée à ceux qui souffrent en ce moment dans cette putain de côte où les souffles accélérés et la vitesse ralentie ne font plus qu’un dans cette sorte de procession chenillaire que certains spécialistes sportifs ne manqueraient pas de qualifier de ridicule alors qu’ils n’y connaissent en général pas grand chose les cons. vous pouvez respirer.

on arrive en haut dans un état proche, non pas de l’Ohio, mais plutôt de l’ouyayaïe ! je ne sais plus quel jour on est et c’est pas grave, si ça se trouve, j’avais des trucs chiants à faire ce matin. à la tête que font certains en m’entendant respirer, je suis obligé de les rassurer : non, c’est pas le transcailladou, c’est moi. je fais semblant de m’abreuver du paysage. en réalité, comme je suis plutôt malin, j’en profite pour récupérer. on est sur les hauteurs et ça se voit. le panorama est superbe. la brume se lève sur la vallée. on commence, ici ou là, à distinguer quelques sommets en face de nous. le soleil combiné à la brume donne une lumière éthérée, presque irréelle dirait le poète en fin de nuit au sortir des bouges les plus crasseux, un halo d’absinthe flottant alentour. les couleurs se révèlent. les chênes, les genévriers, les hêtres, les noisetiers, les buis, bref, les arbres, quoi, donnent, sous cette lumière évanescente, l’impression d’avoir rallié le Québec. la faune se réveille avec lenteur. au loin, tout en bas dans la vallée, un coq se déride, l’empoté (d’ailleurs si ça continue, c’est comme ça qu’il va finir sa carrière). un pic ricane, puis tambourine sur son tronc vermoulu. quelque âne quelque part au frais dans un champ braie. ailleurs, quelque merle moqueur sur le causse tique. tandis que dans mon dos, les poux rient. ha, qu’est-ce qu’on s’amuse…

c’est reparti pour quelques grimpettes sauvages et d’autres descentes d’anthologie dans lesquelles, après la souffrance endurée dans la côte, on s’éclate comme des bêtes sur ces monotraces magiques planquées tantôt sous les pins, ou dans les buissières, tantôt à découvert sur les pierres blanches et sèches des causses. la terre ici a des reflets rougeâtres qui se marient si bien avec le vert des quelques arbustes encore capable de pousser dans cette caillasse inhospitalière et d’autant plus sauvage, que même les amerloques ils en ont pas des comme ça. bien fait pour eux. on arrive bientôt (!) au premier ravito. davolive sont là, moqueurs quant à ma performance. ils n’ont rien compris; je gère. je mange quelques réjouissances dont ce succulent pain aux raisins. comprenons-nous, c’est un vrai pain dans lequel le mitron a subrepticement, pour notre plus grand bonheur, glissé quelques poignées de raisins, secs, comme moi. quel régal, quelle grande idée, ce petit moment de gastronomie de rien me ravit le cœur et les papilles. le moral qui s’était planqué quelque part derrière avec les ambitions et les capacités, refait surface par la fenêtre (jeux de mots exclusivement réservé aux geeks de tous poils, même les chauves). je revis ! comme Desproges, le jour de la mort de tino rossi avait repris deux fois des moules, moi, le jour de l’infection pulmonaire de chirac, j’ai bouffé trois tranches de pain aux raisins, mais j’étais pas au courant qu’il était souffrant.

davolive sont toujours là, moqueurs quant à ma performance. ils n’ont rien compris; je digère.

on repart enfin vers d’autres magnifiques descentes ludiques, tournicotantes, zébulonesques, enchanteuses et enchantées. on s’éclate dans ce manège. c’est trop rapide finalement et bientôt revient la saison des grimpettes harassantes, punitives pour ceux qui ont abusé du pain aux raisins, sensationnelles dans leur tracés. on remonte vers les cieux une fois encore. on en prend plein la gueule, on rêve d’ailleurs, on bave de souffrance et de plaisirs mêlés. on se frotte à la nature dans tous les sens du terme. le père olive en profite pour jouer à la tortue dans un buisson (d’où l’expression « chute dans le bois, et la carapace ») à la faveur d’un passage glisso-fuyant. et la vie continue, belle et magique sous les pins et les buis.

ça monte encore, difficilement encore une fois, on en bave encore mais qu’est-ce que c’est beau, encore. qu’est ce qu’on est bien ici à souffrir, tout est relatif, à s’intérioriser et comprendre un peu que tout ça c’est un luxe et une chance. trois vélos électrisés me doublent dans un ronronnement furtif et me laissent sur place. encore du Bosch ! c’est plus une rando, c’est une invasion ! j’essaie de ne pas me laisser distancer ici, sur cette portion roulante et reste au contact. on tournicote encore une fois autour des chênes atrophiés, puis on attaque une magnifique descente que je ne pourrais faire qu’au ralenti, un participant ayant décidé d’user définitivement ses plaquettes dans l’espoir que sa chère et tendre lui achète un nouveau vélo à noël prochain. impossible de passer, la trace est trop étroite. je ne peux décemment pas lui filer un coup de pompe dans le cintre, c’est pas fair-play et j’ai pas les jambes assez longues. alors tant pis, je patiente et profite de ce moment de répit pour chercher quelques formules inédites à glisser dans un éventuel récit subjuguant qui pourrait voir le jour d’ici peu, histoire de prolonger un peu l’aventure pendant quelques soirées oisives seul au coin du feu quand bobonne est à la zumba. n’est-ce pas les mecs ?

on remonte, on redescend comme ça pendant des lustres. c’est le pied, la galère, la joie toute simple de sauter par dessus une racine, de réussir à se surpasser deux-trois minutes. tu parles d’un exploit ! on enquille une très belle descente et on arrive enfin au fond de la vallée. une bâtisse de pierres blanches est posée, imposante, au milieu du décor, sorte de ferme fortifiée, petit château de petit seigneur local et d’un coup on se sent transporté dans les romans de Robert Merle. ici on est à Malvile. ou peut être avons-nous rejoint le domaine des Siorac ? c’est Fortunes de France. on s’y croirait. pour un peu on s’attendrait à être attaqué au détour du chemin par les autres, ceux qui ont subi la fin du monde moderne. ou bien à se faire pourchasser par les papistes ou ceux de la réforme…Putain, si tu touches à mon foxy, j’te marave ta face à grands coups de pompes !

en parlant de coup de pompe, vu ce qui s’annonce encore et sachant qu’on est au fond de la vallée, y a des chances que ça m’attrape encore dans la prochaine grimpette, d’autant qu’en vérité, je suis plutôt au fond du gouffre (de lacave, ou de padirac, évidemment). pas grave, je pense aux copains et aux autres qui n’ont pas cette chance de sentir encore leurs cuissots chauffer aux feux de cet enfer pavé, non pas de bonnes intentions, mais de ces petites pierres blanches qui roulent pour un oui, pour un non, à la première occasion et notamment lorsque négligemment, on y pose ses tétines enfiévrées de cycliste ahanant mais néanmoins heureux.

bon, je vais pas vous la raconter, je suis pas bien à mon aise, mais je profite de tous les instants histoire de faire passer le temps. des buis encore, des pins ensuite, ô magnifique ! une forêt de châtaigniers ! comme à la maison. ça remonte le moral et du coup l’arrivée au 2è ravito se fait triomphale, pas trop exubérante, mais pour le moins tardive. Davolive sont toujours là. je n’ai pas beaucoup de retard sur eux, ça me rassure et me réconforte. on mange, on boit, on s’amuse, on discute, on plaisante avec tout ceux qui sont encore réceptifs. l’ambiance est bonne, la bouffe aussi. c’est sûr, on reviendra. les bénévoles sont toujours aussi charmants et attentionnés, ça m’oblige à rester encore un peu. Dav veut repartir. pourquoi ? on n’est pas bien là ? finalement on ne s’attarde pas trop et on reprend notre périple, toujours aussi soigné et agréable.

ça file plus vite par moments, puis revient le temps des questionnements à la faveur d’une énième grimpette qui, une fois encore, nous envoie vers les sommets via des chemins toujours aussi joueurs et agréables bien que parfois très pentus…et ça continue ainsi pendant quelques kilomètres jusqu’à cette ultime descente qui nous ramène vers Souillac. on traverse des noyeraies ainsi que des rivières. on pourrait ici se reposer les jambes en moulinant un peu, sans forcer. c’est sans compter sur mes acolytes qui en remettent une couche. je me colle à Olive et ne tarde pas à chopper le rythme ainsi que des crampes, là et là. je calme le jeu, prends mes distances en espérant que les 2 zozos vont être crevés et vont prendre la direction du camping. on arrive sur la route. ça grimpe un peu pour rallier la RN20, 15 mètres et on tourne, à droite, ok, c’est bon. vas-y continues…un signaleur nous dit « droite, puis gauche ». moi, j’ai rien entendu. je devine le pont sur la Dordogne et ne vois que le camping…qui s’éloigne. oh pétard de misère ! on n’a pas pris la bonne route, les gars ! déconnez pas ! on est arrivé, c’est bon ! stop ! stop ! j’entends un borborygme inaudible venant de l’avant. ça fait : « gtelreateuuolue ! » (alors, à ce stade de la retransmission, c’est l’heure de notre jeu : le premier qui réussit à mettre les lettres dans l’ordre gagne un t-shirt. je déconne pas !). je pleure deux-trois litres et je reprends le cours de l’émission et par un je-ne-sais-quoi de magique, je réussis à rattraper olive qui semble à l’arrêt dans ce sentier d’interprétation situé sur les hauteurs de Souillac. c’est sympa, étroit, frais et bucolique.

on a déjà fait quarante bornes et si je me rappelle bien ce que nous a dit un organisateur ce matin, passé le retour à Souillac, si on s’engage sur la boucle suivante, il reste dix-huit bornes, sans possibilité de délestage. si on y va, c’est pour finir. donc du coup, si je compte bien, ça en fait des « si », quarante plus dix-huit, je pose deux, je retiens un. j’y applique la retenue de 5%, l’âge de la présidente, qui chausse du 38 avec des lacets rose fluo. on ajoute son mari qui de loin mesure un mètre quatre-vingt-dix mais qui, quand il s’approche à tendance à faire beaucoup moins. je pose mes congés d’été, le numéro complémentaire et ça fait…ça fait…oh laputindsamer ! CINQUANTE-HUIT ! cinquante-huit bornes !???!!! mais vous êtes cons cients de la chose ? j’ai jamais fait ça, moi. je vais y laisser la peau de ma peau et d’une partie de mon anatomie que je qualifierai de charnue. ils n’entendent rien. ils continuent les bougres…merci d’imaginer à ce stade un minois déconfit bien que toujours avenant, un œil larmoyant et une oreille basse.

du coup, qu’est-ce qu’on fait ? bah…on suit cahin-caha ! la mort dans l’âme, le palpitant au plus haut, les cuisses dans le formol et le fondement meurtri. c’est toujours aussi beau, malgré le temps gris. la rivière en bas voudrait bien miroiter, mais le soleil n’est pas là pour la mettre en valeur. on grimpe encore vers les cieux. pour la énième fois, je songe à me faire installer une paire d’ailes (oui, j’ai encore rêver d’ailes) qui, tel un ange, me faciliteraient l’ascension (vous l’avez celui-là ? mécréants !) et reprends mon périple. les descentes magiques, notamment celle-ci, hyper rapide où on se tire la bourre avec les copains et dans laquelle olive manque de se mettre au tas grâce à l’intervention malintentionnée d’une coupable racine, succèdent aux grimpettes ardues. et ça continue comme ça pendant des plombes. les sensations se succèdent, dans la difficulté comme dans le plaisir. les traceurs nous ont vraiment gâtés. quel travail, quelle énergie a du être déployée pour nous proposer tout ça ! j’ai rarement vu ça. et le respect s’impose de lui-même à ces barbaresques cycliques.

je sais plus où on en est…ha si, on aborde une énième côtasse de sa mère qui nous amène au dessus de combeliade. sur la droite, la dordogne paresse en longeant Lanzac. le chemin à cet endroit se fait joueur, virevoltant entre les chênes rabougris. c’est la voie royale vers une descente magique encore une fois, faite de petits virages serrés, rapides, amusants. j’en profite pour rattraper un petit groupe qui a visiblement du mal dans cette partie, il est vrai, légèrement plus technique que tout ce qu’on a pu voir jusque là. je patiente gentiment en me signalant toutefois par quelques freinages appuyés, histoire de dire que si d’aventure il y avait un créneau pour doubler, je serais pas contre. pas de réaction devant. une fois, deux fois. toujours rien, alors je patiente en sifflotant du Mozart, un requiem…. je sais pas pourquoi, il n’y a que ça qui sort. est-ce le classique ou bien mon sifflotage peu adapté qui effraie mes congénères, je sais pas, toujours est-il que devant moi les portes s’ouvrent. un gars gueule à qui veut l’entendre « ça passe pas ! ça passe pas ! » et il pose pied à terre au pire endroit- un virage très serré dans les drailles et les genévriers- tout en restant bien dans la trace et discutant avec son pote qui fait comme lui. GGGGGGGGRRRRRRRR!!!!!!!! légèrement agacé par ce malotruisme flagrant, je décide de forcer le passage en n’oubliant pas de faire remarquer d’un ton paternel et enjoué que « mais si, ça passe, ça passe. faut juste pas rester dans la trace, mon ami ». je fais le malin, et je manque de m’en mettre une bonne en butant-raclant sur une pierre saillante…oulà ! virage à gauche bien serré, je double encore deux personnes en perdition sur ces dalles en dévers et termine le sourire aux lèvres cette portion super amusante. Davolive sont en bas à m’attendre. Olive prend quelques clichés et on repart. on saute l’autoroute et on se dirige direct vers ce qu’il ne fallait pas rater, le troisième ravito. on atteint des sommets (z’avez vu, malgré la fatigue, la lassitude, je trouve encore la force de vous ravir les esgourdes avec des formules dignes de l’épopée de Gilgamesh) pour se retrouver à surplomber un cingle sur la Dordogne. c’est magique malgré la grisaille. à droite on devine Pinsac, collé à la colline. au loin, dans la brume, sur notre gauche, on distingue l’église de Meyraguet et plus loin encore, on aperçoit Belcastel. à nos pied s’étend un éventail de champs et de cultures. c’est géométrique et carré, trop linéaire pour être vrai dans toute cette rondeur, mais l’oeil est ravi. on dirait du kandinsky, mais en mieux. et c’est avec une certaine avidité que je me rue sur le ravito, gargantuesque encore une fois. le pain aux raisins m’attend, sagement. les rillettes au magret fumé me tendent les bras et je me vautre dedans avec l’aide d’Olive qui ne crache pas dessus, visiblement. on fait quelques photos au bord de la falaise. l’envie de sauter me taraude, mais j’ai pas pris ma wingsuit…on discute avec ces diables d’organisateurs et on se marre, on rigole, on n’en peut plus de bons mots et d’astuces plus fines les unes que les autres. je m’enfile deux ou trois litres de flotte grâce, il faut le souligner car c’est pas monnaie courante, à notre meilleur ami sur cette sortie. j’ai nommé, le verre rétractable offert lors de l’inscription. au début, j’ai cru que c’était un pokémon, c’est très en vogue, parait-il en ce moment, alors je l’avais baptisé « SAKABOUZ ». je réalise maintenant que j’ai vraiment du passer pour un con aux précédents ravitos quand je l’ai jeté en criant « vas-y, Sakabouz, défonce leur leur face ! » Bon, maintenant que je sais à quoi ça sert, je me prends une bonne rasade de coca, et, fait extraordinaire, une fois rempli, mon Sakabouz, il fait des bulles bizarres (à cet instant, vous êtes en droit de vous demander, « mais où va-t-il chercher tout ça ? ». attendez, restez, servez-vous une autre bière, j’ai pas terminé). hasard ou pas, comme fait exprès, arrive un participant qui tout à l’heure, en haut du pic à chut….consternant, on est d’accord.

on discute encore une bonne demi-heure, Dav montre des signes d’impatience qui pourraient le conduire tout droit à la crise de nerfs. je prends un malin plaisir (raté, y a pas d’astuce ici) à prolonger l’instant parmi nos fabuleux et si amicaux hôtes du jour (pétard, si je l’ai pas gagnée à force, l’inscription gratuite pour l’an prochain, je sais plus quoi faire) et puis l’heure du départ sonne. quelle tristesse, quel désappointement, comme il est difficile de remonter sur nos vélos et laisser ici nos merveilleux amis que seul le destin choisira de nous faire rencontrer de nouveau au détour d’un caillouteux chemin dont les vicissitudes de l’existence, agrémentées d’un retour à une vie normale dont nous aurions tôt fait de nous départir sans regret aucun, nous laisseraient sans joie et sans entrain sur le sentier de nos vies mornes et blafardes (j’essaie ici de faire du Proust pour attendrir le lecteur, mais faut bien avouer que mon Proust, après ce copieux ravito, aurait une fâcheuse tendance à s’évanouir sans laisser de trace).

nous repartons donc pour le dernier tronçon de bonheur qu’il reste à nos crampons pétrophiles avant la fin du monde. ça grimpe encore. je ne sais pas comment ils font, mais même parvenus en haut, ils trouvent encore des chemins qui montent. ça me scie. davolive sont déjà quelques mètres plus loin. les crampes m’assaillent, moi qui n’ai jamais été un guerrier. j’étais objecteur. mais c’est pas parce que je refuse de prendre les armes que je vais les rendre. je fonce (!) et rejoins mes compagnons. on s’arrête un peu plus loin à la faveur d’une erreur de trajectoire qui nous fait prendre un mauvais chemin. je me pose quelques instants, les crampes m’ont définitivement mis la main dessus. au moment de repartir, je laisse le passage à cinq ou six pilotes qui s’immiscent entre davolive et moi. j’essaie de prendre le rythme non sans mal et finit par craquer dans un raidillon bien salace. tant pis, je terminerai comme je pourrais. je ne reverrais plus les copains et, à partir de cet instant, je me retrouve seul au monde. j’essaie de me trouver de bonnes excuses pour m’arrêter et finir à pieds. ça devient compliqué alors pour me remotiver je pense aux copains qui ne peuvent pas être là (l’année prochaine, celle-là mon Pat, tu la feras avec nous) pour diverses raisons et me trouve finalement bien chanceux d’en baver.

ça descend. j’ai la piste pour moi tout seul. je m’amuse malgré les crampes. on arrive alors sur de l’inattendu, une piste de motocross que le tracé nous fait emprunter. je manque de m’en mettre une bonne sur une petite bosse, en profite pour doubler deux pilotes (pas à la pédale, faut pas déconner. ils avaient un souci mécanique) et continue mon périple doucettement. les deux gars me rattrapent quelques temps plus tard sur ce petit single étroit et en légère montée. je n’hésite pas à me chopper deux belles crampes en passant ce petit muret, et finit le cul dans les ronces. tout va mieux.

c’est repartit. ça fait maintenant une éternité, non l’éternité c’est moins long, que je roule seul et je dois avouer que ma conversation commence à me fatiguer. j’aimerais bien parler à quelqu’un d’autre. ça tombe bien, dans cette côte, où j’ai plus l’impression de hoqueter que de rouler, un bruit me parvient de l’arrière et j’entends une petite voix me dire : « pousse-toi, j’aimerai bien passer. tu vois pas que tu gênes ? allez, pousse-toi ! » je réagis pas tout de suite, réfléchis et me dis qu’il y a deux solutions : ou je me pousse, effectivement devant ces imprécations dont la politesse m’a remué jusqu’au fond des tripes, ou bien je descends, au risque de chopper à nouveau des crampes, du vélo et je le balance en travers de la trogne de ce fieffé trouduc. je prends le parti de la solution la moins traumatisante et laisse le chemin au galopin mal élevé.ô quelle ne fût pas ma surprise de reconnaitre l’ami Janox, fringant comme un pape un jour d’élection, toujours le sourire aux lèvres. il m’annonce fièrement et on ferait de même à sa place, qu’il est sur le 75 kms et qu’il n’en reste plus que 4, des kms. je suis surpris tout autant que ravi. j’aurais souhaité pouvoir le suivre et terminer avec lui, mais Janox, c’est une machine, un surhomme, un extra-terrestre (mais aussi un terrestre extra). et c’est avec regret que je le laisse partir. on se verra à l’arrivée (en fait on s’est même pas revu. j’ai du trop prendre mon temps pour terminer ces 4 bornes).

et ça monte encore, on est maintenant sur un chemin large qui débouche sur une esplanade boisée. à droite, à gauche, des chiens attachés fort heureusement, aboient, mais pas de caravane. une odeur nauséabonde m’envahis les sinus. ici, on n’est plus dans Fortunes de France. ça ressemble plus au Roi des ordures de Jean Vautrin. ça pue, c’est dégueulasse. une fumée âcre forme un nuage peu rassurant. je constate que quelqu’un en contrebas fait brûler…une machine à laver ! j’avoue rester dubitatif et circonspect devant tant d’incivilité au milieu de ce petit paradis caussenard. bref, on subit les désagréments du genre et on oublie aussitôt parce que devant, à une centaine de mètres se dessine un toit. j’ai l’espoir que peut être on en aurait terminé…ça s’accélère, ça descend et là, c’est la cerise sur le gâteau. la descente qu’on nous propose maintenant, s’avère être la plus fun de la journée. décidément, on nous a gâté, véritablement. je lâche alors les chevaux, histoire de me finir. je rattrape un participant, le suis quelques temps, mets pied à terre dans cette épingle à gauche un peu tendue et en profite pour doubler le collègue qui galère avec son 29″ dans ces virages serrés. au moment de le passer, je ne vois pas ce chêne penché sur le trajet pour mieux nous voir nous ridiculiser et lui mets un grand coup d’épaule. je me rattrape de justesse , toute chute ici serait spectaculaire voire douloureuse. j’échappe au pire, me dis-je, en enquillant les virages en épingles puis cette petite ligne droite dans les caillasses grises qui roulent sous mes pneus alanguis de plaisirs grèges. ça veut rien dire, ok, mais dois-vous rappeler dans quel état je suis ?

au bout du bout, on arrive sur la RN20. ça y est, c’en est terminé cette fois. déjà…quelques centaines de mètres de bitume, on traverse le pont et nous voilà rendus au stade. déjà…

au final ? quelques 61 kms, 1700m de D+, 3 kilos de pain aux raisins, 700 vtt, 250 marcheurs et 60 bénévoles au taquet.

mesdames, messieurs du roc lanzagais, un immense MERCI pour votre travail, votre gentillesse, votre bonne humeur. rien à redire, c’était parfait. on aurait du venir vous voir dès la première édition, c’est notre seul regret. à tous ceux qui hésiteraient, je dis « venez, vous ne regretterez pas le déplacement. il y en a pour tous les goûts, toutes les capacités ». et si besoin était encore de vous persuader, je ne peux que vous conseiller d’aller voir les multiples photos prises par les bénévoles et les pros ici

le projet Lanzac, c’est véritablement la piste aux étoiles et j’en ai encore plein les yeux !